La vérité derrière les étoiles : que valent vraiment les avis consommateurs sur les comparateurs de vins ?

Des applis qui ont du nez

Le business des étoiles (et du vin) : petit état des lieux

Depuis une dizaine d’années, les comparateurs de vins et les applications de notation explosent. Vivino, Wine-Searcher, La Vigne Numérique et autres plateformes affichent fièrement des millions d’avis postés chaque année par des consommateurs plus ou moins avertis. Pour beaucoup, ces notes deviennent un repère lors du choix d’une bouteille – surtout quand on navigue entre une dizaine de cabernets inconnus ou de chardonnays aux étiquettes cryptiques.

Mais au juste, que valent ces avis ? Un “5 étoiles” décerné par une centaine d’utilisateurs est-il synonyme de grand vin ? Les plateformes jouent-elles vraiment franc jeu ? Tentons d’y voir plus clair, en décortiquant le dessous des avis et le business modéré de la “recommandation”.

Qui note, pourquoi, et comment ?

Des profils très variés

Contrairement aux concours officiels ou avis de sommeliers professionnels publiés dans des guides comme Bettane & Desseauve ou La Revue du Vin de France, les comparateurs de vins s’appuient avant tout sur les consommateurs. Or, selon une étude menée par Vinexpo et IWSR en 2022, plus de 60% des utilisateurs de ces plateformes déclarent ne pas être “connaisseurs”.

Des motivations diverses

Il y a ceux qui notent par enthousiasme, ceux qui veulent partager une bonne surprise, d’autres qui cherchent à “punir” un vin décevant. Les biais psychologiques sont innombrables :

L’algorithme, ce chef d’orchestre invisible

Derrière l’apparente simplicité d’une moyenne en étoiles se cache un fonctionnement subtilement contrôlé par les plateformes. Les algorithmes sont rarement publics et intègrent différentes pondérations :

Certaines plateformes le reconnaissent : il est économiquement essentiel d’orienter la visibilité vers les vins qui se vendent (et rapportent) le plus. Le modèle “affiliation” de Wine-Searcher, ou les suggestions sponsorisées sur certaines apps, influencent naturellement les classements. Derrière “la sagesse des foules”, on trouve aussi un brin d’optimisation marketing.

L’empire du 3,8 : la symphonie des moyennes tièdes

Un constat amusant : sur les principales plateformes, la quasi-totalité des vins gravitent entre 3,5 et 4,2/5. Où sont passés les mauvais vins ? Pourquoi ces notes « mollement élevées » ?

Résultat concret : sur Vivino, 92% des vins obtiennent une note comprise entre 3,5 et 4,3 (Vivino Data Report 2023). Seul 1% des vins dépassent la barre symbolique des 4,5/5 – chiffre proche de… la proportion de grands crus classés dans le monde !

Des avis parfois instrumentalisés

Astroturfing, groupes privés : la jungle des faux avis

Impossible de parler d’avis consommateurs sans évoquer le fléau des faux commentaires. Des agences spécialisées, pour quelques dizaines d’euros, proposent de générer des centaines d’avis positifs sur des vins donnés (source : UFC-Que Choisir, 2021). Les méthodes incluent :

Le sujet n’est pas anecdotique : selon la DGCCRF, 28% des avis collectés en 2020 sur les grandes plateformes de e-commerce étaient douteux ou manifestement frauduleux. Bien sûr, tous les avis sur le vin ne sont pas concernés, mais le phénomène existe.

Une méfiance grandissante… mais des utilisateurs court-circuités

Selon une enquête IFOP de novembre 2023, 46% des consommateurs interrogés avouent “douter de la sincérité des avis produits” sur les sites spécialisés. Pourtant, la consultation de ces avis reste un réflexe avant d’acheter une bouteille en ligne (plus de 70% des achats sont influencés par la note globale, source Kantar 2023). Un paradoxe révélateur : on n’a jamais autant utilisé les avis, tout en s’en méfiant de plus en plus.

Peut-on interpréter intelligemment les avis en ligne ?

Décrypter au-delà de la note brute

Heureusement, tout n’est pas à jeter. Il existe des manières de tirer profit du vivier d’avis consommateurs, sans se laisser (trop) influencer par les dérives du système :

Compléter avec des sources externes

Enfin, ne jamais oublier que le goût du vin, c’est aussi irrationnel et fluctuant que l’humeur d’un Parisien en avril : un jour c’est l’envol, le lendemain, la grisaille. Les notes donnent une tendance, un premier filtre, mais sûrement pas une vérité absolue.

À table : alors, on se fie ou pas ?

Les comparateurs de vins et les applications de notation sont de formidables outils pour démocratiser la découverte et donner un repère – mais il ne faut pas oublier leur revers. Entre la gourmandise promotionnelle, les biais de masse et la tentation du “coup de pouce” publicitaire, les avis sont parfois un reflet déformant plus qu’un miroir fidèle du terroir.

Le meilleur conseil, finalement ? Les utiliser, mais comme un GPS pas toujours très à jour : utile pour tracer la route, mais à compléter par des détours, de la curiosité personnelle, et la fameuse dégustation qui ne se discute pas… et ne se digitalise pas (du moins pas complètement). Car non, une étoile n’a jamais remplacé un verre bien servi partagé au bon moment.

Pour aller plus loin :

En savoir plus à ce sujet :