Vin et Intelligence artificielle : les applis de recommandations et d’accords à l’épreuve des faits

Des applis qui ont du nez

Les algorithmes du vin : au cœur des applications populaires

Avant de juger la fiabilité des recommandations, un petit détour technique s’impose. La majorité des applications de recommandations et accords mets-vins en France reposent sur deux piliers :

Des applis comme Vivino, WineAdvisor, Twil, ou encore l’outsider Wine Pairing et, sur la niche gastronomique, WineIn, sont aujourd’hui les têtes d’affiche. Toutes prétendent personnaliser l'expérience en quelques clics. Mais ces promesses résistent-elles à la réalité du terrain ?

Quand la tech rencontre le terroir : comment sont construites les recommandations ?

Ce que beaucoup de passionnés ignorent, c’est la diversité des méthodes derrière ces algorithmes. Certaines applications croisent manuellement des bases de données françaises comme celles de l’INAO ou des critiques de vin francophones. D’autres, internationalisées, utilisent des bases plus anglo-saxonnes voire ouvertes, avec des milliers de références dont la pertinence varie suivant l’usage hexagonal.

Selon WineTech France, association des start-ups du vin, moins de 25% des applications en France emploient des modèles de recommandations basés sur des données locales exclusivement. Les autres intègrent des sources internationales, parfois génériques.

Le cas des accords mets-vins : une science (trop) rationalisée ?

Les algorithmes d’accords se heurtent un mur : la subjectivité. Même si la France regorge de traditions précises (“agneau et Pauillac”, “huitres et Muscadet”…), la réalité des goûts brouille la carte.

Les algorithmes appliquent alors des “règles métiers” génériques : tel poisson blanc appelle un blanc sec, tel dessert chocolaté un vin doux… C’est solide statistiquement, mais peu sensible à la singularité de chaque plat ou du convive.

Peut-on mesurer la “précision” des algorithmes dans le vin ?

Aujourd’hui, la question de la précision est centrale – et difficile à trancher. Contrairement à la recommandation de films ou de musique, il n’existe pas de “score RottenTomatoes” du vin. Les métriques utilisées dans l’industrie sont plutôt issues du e-commerce (taux de clique, achat suite à recommandation) ou de la satisfaction déclarée.

Il n’existe donc pas de score unifié, encore moins d’étalon officiel reconnu par les professionnels. L’Union de la Sommellerie Française n’a d’ailleurs pas encore statué sur une méthodologie d’évaluation de la “précision” algorithmique, arguant de l’extrême complexité sensorielle du vin et des mets.

Limites et biais : quand l’algorithme atteint ses frontières

Quelques années de recul permettent de pointer les principaux points faibles des applis :

Des anecdotes qui en disent long

Certains restaurateurs témoignent, par exemple, que les suggestions d’accord de vins rouges légers avec des plats épicés, bien que théoriquement correctes sur le papier, sont souvent boudées par la clientèle. Inversement, la mise en avant automatique de vins bios ou natures s’empare du buzz, sans preuve gustative d’un meilleur accord sur des plats traditionnels, selon plusieurs critiques interrogés par Le Monde (2023).

Perspectives : à quoi ressemblera l’accord “algorithmique” en France demain ?

L’accord parfait entre la tech et le palais français n’est donc pas (encore ?) automatisable. Les algorithmes avancent, mais ils marchent sur des œufs. Ou du raisin.

Pour aller plus loin : chiffres, études et ressources à consulter

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