Peut-on vraiment décrire son palais dans une appli ?
C’est là que les choses se corsent. Le palais humain, contrairement à une playlist musicale, est d’une complexité redoutable. D’un jour à l’autre, il change – indices : humeur, repas de midi, ou même météo du jour. De plus, la plupart des applications utilisent des catégories larges (“fruité”, “boisé”, “léger”), loin de la diversité réelle du langage sensoriel autour du vin.
En 2022, une étude Sensorium Global mit en avant que 68% des consommateurs utilisent spontanément un vocabulaire très restreint pour décrire leurs sensations, souvent influencé… par les suggestions de l’application elle-même (Sensorium Global, 2022).
- Le résultat : la personnalisation est parfois un miroir de nos propres hésitations à verbaliser ce qu’on aime vraiment.
- A noter : la robustesse des recommandations augmente après 5 à 10 notations “sérieuses”, selon Vivino, mais stagne ensuite.
L'apprentissage : plus complexe qu’il n’y paraît
Même avec un historique prolifique sur une appli, décrire un goût reste subjectif. Deux personnes notant “fruité” pensent rarement à la même chose : pour l’un, c’est la cerise, pour l’autre le cassis. Les algorithmes sont capables de capter la constance dans vos choix, mais peinent encore à saisir les nuances d’humeur, d’occasion, ou de… coup de tête du soir.
Autre bémol : une fois que l’appli connaît vos goûts, elle a tendance à renforcer votre zone de confort. D’où l’émergence du fameux “biais de la bulle”, bien connu sur les réseaux sociaux, et maintenant observé sur les apps de vin (Wine Australia – Are recommendation algorithms diversifying tastes ?). À terme, la personnalisation pourrait bien restreindre la curiosité des consommateurs… sauf si (et c’est heureux !) la tech s’en mêle pour proposer volontairement des “hors-champs” inattendus.