Groupes et échanges thématiques : que valent vraiment les fonctionnalités communautaires des applis vin en France ?

Des applis qui ont du nez

Comment le numérique a-t-il infusé la convivialité du vin ?

En France, pays qui compte 26 millions de consommateurs réguliers de vin (source : FranceAgriMer, 2021), la socialisation autour d’un verre est sacrée. Avec la floraison des applis mobiles (Vivino, Le Petit Ballon, WineAdvisor, Twil, Vinify…), la promesse s’étend : on ne discute plus seulement au comptoir du caviste, mais dans des salons virtuels, accessibles du TGV ou du sofa. Depuis la fin des années 2010, toutes les grandes plateformes du vin affichent une ambition communautaire. S’agit-il seulement d’un effet d’annonce ou d’une vraie mutation conversationnelle ?

Petite cartographie des outils communautaires

Les réseaux dédiés et leurs options de groupe

Des groupes à la sauce Facebook ?

Bref, la mécanique "groupe privé" façon WhatsApp ou Facebook n’est pas encore native sur ces applis. Les utilisateurs créent, parfois, des communautés satellites, sur Discord ou Messenger, pour poursuivre la discussion… en dehors des apps de vin. Pourquoi cette réticence ? La modération, la crainte des débordements, la gestion des données… Les excuses sont nombreuses. Mais les amateurs réclament, depuis l’après-confinement, toujours plus de personnalisation dans leurs échanges (Observatoire Vin & Société, 2023).

Quelles thématiques suscitent le plus d’échanges ?

Si les groupes n’explosent pas sur les applis, les discussions par thèmes, elles, existent – mais sous forme de fils publics, de "questions-réponses", ou de hashtags. Les sujets fétiches (données issues des FAQ de Vivino France et de la dernière enquête LSA, 2022) :

On note, depuis 2021, l’arrivée de fils de discussion sur des sujets plus polémiques ou de niche : l’impact du changement climatique sur la viticulture, les nouvelles tendances de vinification, le vin en canette ou en bag-in-box… Un bon baromètre du renouvellement générationnel dans le vin.

Quelles limites aux groupes communautaires actuels ?

Modération et bulles de filtre

Si les applis françaises restent prudentes, c’est aussi par crainte de voir se constituer des groupes "élitistes", qui reproduiraient les travers des clubs fermés IRL. Les plateformes insistent partout sur la modération : sur Vivino France, le nombre de posts supprimés pour "propos déplacés" aurait doublé en 2023 (source interne, relevée par Le Figaro Vin). Autre motif de blocage : l’entre-soi. Il n’est pas rare de voir les mêmes profils échanger sur des bouteilles de niche : les néophytes sont parfois vite perdus. D’où la volonté, sur certaines apps, d’imposer des discussions transversales plutôt que des groupes trop spécialisés.

Absence d’interopérabilité et barrières techniques

Problème récurrent : impossible d’agréger en un même lieu ses discussions issues de Vivino, Facebook, Saq ou WineAdvisor. Les groupes, quand ils existent, sont conçus comme des écosystèmes fermés. Résultat, la conversation part vite dans tous les sens, et la fidélisation communautaire s’en ressent. Un frein, selon le dernier rapport "Wine Digital Trends" (2023, Wine Intelligence), pour un véritable écosystème communautaire à la française.

Des chiffres et des faits sur la participation communautaire

Ce clivage entre participants "actifs" et "lurkers" n’est pas propre au vin, mais il prouve que l’outil groupe n’en est qu’à ses balbutiements : le public semble friand de lire, moins de s’engager régulièrement.

Alternatives et initiatives émergentes

Quelles évolutions à venir ?

La demande de groupes thématiques personnalisables explose, portée par la génération des moins de 35 ans (24% des utilisateurs d’applis vin en France selon l’Ifop 2023). Le big data et l’intelligence artificielle, déjà en embuscade pour la recommandation de vins, pourraient bientôt permettre d’animer des groupes dynamiques, adaptés aux goûts et aux centres d’intérêt de chacun (cf. l’algorithme de "matching" expérimental testé par Vivino Labs en 2023). En parallèle, des start-ups françaises planchent sur des applis hybrides mêlant dégustation physique et salons virtuels éphémères. Reste à convaincre les acteurs historiques de lâcher un peu de lest sur la modération et l’ouverture technique.

Pour une convivialité numérique, mais authentique

Les applications vin, en France, n’ont pas encore trouvé la recette pour réinventer la discussion autour d’un verre via groupes thématiques sur-mesure. On préfère pour l’instant les fils généraux, parfois fouillis, aux salons privés, trop risqués (ou trop chronophages à modérer). Mais les initiatives dans l’ombre, à coups de micro-communautés et de forums satellites, prouvent qu’une demande existe - et qu’elle s’affirme. Si la tech n’a pas tué la convivialité du vin, elle l’oblige simplement à inventer de nouvelles tables d’hôtes, parfois digitales… et souvent plus inclusives.

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